mercredi 21 septembre 2011

Photo: Thomas Struth - Tokamak Asdex Upgrade Interior 1 (2010)

Confusing past with future:
Plagiarism is beautiful

"Plagiarism is necessary, progress implies it", Comte de Lautréamond
"Plagiarism is necessary, progress demands it", Guy Debord

Si souvent soient-ils évoqués, les concepts d'originalité et de radicalité semblent pourtant bien mystérieux à l'égard d'une analyse contemporaine de la musique. Ils permettent, non pas une lecture technique et formelle de la musique, ni même une analyse de ses qualités expressives, mais une approche "épistémique" et historique de la musique. On jugera donc l'originalité d'une oeuvre ou de son caractère innovant, voire même révolutionnaire, selon un référentiel antérieur. En d'autres termes, une oeuvre n'est originale que par la place qu'elle occupe dans l'histoire de la musique.
Concepts of originality and radicalism seem very mysterious within a contemporary analysis of music, although they are both over mentioned. They allow to embrace, neither a technical and formal reading of music, nor an analysis of its expressive qualities, but rather an "epistemical" and historical approach of music. One can evaluate the uniqueness of a work and its innovating (even revolutionary) features regarding anterior references. In other words, a work can only be perceived as original by its position in music history.


Une telle analyse repose sur une construction supposément ordonnée des genres et des périodes musicales. La musique de Hendrix ou des Pink Floyd était radicale et révolutionnaire car elle s'inscrivait à contre-courant de ce qui existait jusque alors. Or à présent, l'idée même de courant musical paraît très limitée, tant l'effort de création s'entremêle souvent avec une vénération de son héritage. Quelque soit la musique créée, on pourra toujours la rattacher à une référence antérieure, l'accès à l'information musicale étant à présent sans limite. D'où l'inévitable analogie pesant sur le travail de tout compositeur actuel: "Ah oui, ça m'a fait un peu penser à..."
Such an analysis lies in a supposedly ordered construct of genres and musical periods. Jimi Hendrix' or Pink Floyd's music was radical and revolutionary because they were considered as being obviously against the pre-established current. Yet, the very idea of music current is now very limited, as the creative effort is often so interrelated with its own legacy. Whatever the music created, one will always rely it with a previous reference, as the access to music information is almost endless - which explains the unavoidable analogy "Oh yes, it reminds me a bit something I've heard..." weighing on every producer's shoulders nowadays.


Cette question de l'accès illimité à toutes formes de musique enregistrée balaie l'idée de courant musical actuel, et a fortiori celle de pure originalité et de radicalité. Selon la doctrine du "aujourd'hui, tout a été déjà fait" ou celle de l'ami Lavoisier "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme", l'appréciation de la musique actuelle et de sa fascination pour le rétro diffère complètement.
The question of the unlimited access to all forms of music recordings smashes the idea of contemporary musical currents, and a fortiori these of sheer originality and radicalism. Between the doctrine of "everything has been already done" and the Lavoisier's "nothing is lost, nothing is created, everything is transforming", the assessment of contemporary music and its "retromania" entirely differs.



Mais dans ce contexte de profusion luxuriante des influences et des appropriations, c'est l'idée même de pure originalité musicale qui est tout aussi vide que celle de plagiat - que l'industrie musicale se borne pourtant encore à imputer aux pratiques du sampling et du remix. On pourrait aller encore plus loin en faisant observer que détourner, sampler ou plagier une oeuvre demeure probablement la seule forme actuelle de véritable radicalité, en ce qu'elle bouleverse la place tyrannique qu'occupe l'auteur dans notre perception de l'art.
À titre anecdotique, on s'amusera de la récente extension de la durée du copyright (50 ans -> 70 ans) pour les enregistrements musicaux, décidée par l'Union Européenne, qui détonne si grossièrement avec l'effritement continu de cette idée romantique et autrefois sacrée d'authorship.
But within this context of lush profusion of influences and appropriation, the very idea of sheer musical originality is as empty as the idea of plagiarism - that the musical industry still relates with the sampling and remix practices. We could go further by observing that détourner, sampling, plagiarizing a work certainly remains the only current form of genuine radicalness, upsetting the tyrannical position that the author relentlessly hold in our perception of the art.
In addition, we can be quite amused by the recent extension of the copyright duration (50 years -> 70 years) decided by the European Union, in despite of the continuous erosion of this romantic and formerly sacred idea of authorship.

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