vendredi 7 mai 2010

Photo : Barry Stone

Réflexions sur l’onomastique de la dénomination musicale
Cogitations on the onomastics of the musical denomination

Il est assez rare de trouver des analyses du rapport entre l’intitulé d’un morceau de musique et son contenu. Étant soumis parfois à une grande perplexité lorsque je tente de dénommer mes propres compositions, il m'est apparu au fil de mon expérience que le titre d'un morceau est un élément relativement important (voire primordial dans certains cas) d'un processus artistique, et a fortiori en création musicale. Il peut autant donner à l'auditeur une information sur la musique même, que l'égarer par son apparente absurdité. Cette remarque est d’autant plus visible concernant la musique strictement instrumentale, du fait sans doute de son caractère plus abstrait. Car en effet, jusqu’aux compositeurs romantiques dits "tardifs" du début du XXème siècle, une œuvre instrumentale bénéficiait le plus souvent d’un intitulé très rationnel du type « 3ème symphonie en la bémol mineur » par exemple. Ce qu’ont fait Debussy ou Stravinsky en nommant leurs œuvres par des titres résolument poétiques est en rupture totale avec la tradition suivie jusqu’alors.

It is quite rare to find analyses about connection between the title of a musical track and its content. As I am very often in a huge perplexity when I have to name my own production, it seems to my view that the title of a work is a very important element of any artistic process. It may give us some information about the music as far as it can also mislead us. This is specifically the point in instrumental music, probably due to its abstract aspect. Things change with the late romantic wave in the beginning of the XX century. Before that, title was often just an rational information, as for instance "3rd Symphony in A flat minor".
- Claude Debussy - Beau Soir (interprété par Anne-Sophie Mutter violin, Lambert Orkis piano)(Album "The Berlin Recital", 1996)
- Isaac Albeniz - Asturias
- Maurice Ravel - Jeux D'eau (interprété par Martha Argerich) (Album "Debut Recital", 1961)
- Olivier Messiaen - Joie du sang des étoiles (Album "Messiaen Turangalila Symphony", 1948)

Ce qui est très intéressant c'est que l'ouverture de cette brèche a été plus tard très largement empruntée par les compositeurs de musiques électroniques. La question se pose pourtant toujours de la même façon : un titre signifie-t-il quelque chose à l’égard de l’œuvre ? Tout comme en peinture, le titre donne-t-il ou non un sens à l’objet ? Mais si cette question se pose à la peinture avec l’avènement de l’art abstrait, elle jaillit également à l’égard de la musique instrumentale. Le titre peut être donc être perçu par certains comme un élément de signification, ou encore comme un élément d'interprétation d'une oeuvre musicale. Ici, une couleur a été choisie dans le titre, le rapport fréquent musique/couleur étant à cet égard une illustration parfaite de l'importance du poétique dans le processus actuel de dénomination.

Which is very interesting is that this breaking has been broadly followed by electronic music producers. Yet, the same question can be raised : is a title means or not something? Same issues might be found about reflections on painting art, especially regarding abstract art. Here, a color has been chosen in the title because the usual connection music/color perfectly shows the importance of poetic in the current denomination process.
- Studio 1 - Blue 1 (12" "Blau", 1996)

Au-delà de ces considérations quelque peu théoriques, il est frappant de voir que certaines dénominations semblent tout à fait énigmatiques, ou apparemment destinées à nous égarer.

Beyond these theoretical considerations, it is striking to point out that some demoninations seems completely enigmatic, or they are apparently intended to mislead us.

Par ailleurs, il faudrait encore remarquer que certains compositeurs contemporains semblent faire absolument fi du mouvement poétique de la dénomination en revenant à des intitulés plus fonctionnels.

Otherwise, we should emphasize further that some contemporary producers seems rather ignore this poetic trend of the denomination process, in returning toward more functional titles.