jeudi 1er avril 2010

Photo : Derek Henderson

Intrigué par son blog, qu'il a fondé avec son acolyte Julien, cela fait maintenant plusieurs mois que l'on suit scrupuleusement ce que fait l'un, l'autre. Autant dire qu'une véritable connexion s'est constituée avec Clément Dupouy et son excellent blog Des Chibres et des Lettres, dont j'ai d'ailleurs déjà maintes fois fait la publicité sur Peur Bleue. Il était donc assez naturel, qu'après avoir été convié à leur produire un mix (Hérésie), je leur renvoie l'invitation. C'est Clément qui ouvre donc le bal sur un sujet très curieux (et cela tombe assez bien car c'est fortement apprécié par ici) : la Tolkien Music . Mais contrairement à l'idée que l'on pourrait avoir de ce "genre", à savoir une musique de pré-adolescents-chevelus-joueurs-de-carte-Magic-(etc...), c'est en réalité quelque chose de bien plus éclectique. Bon voyage :

Clement Dupouy, from the marvelous blog, Des Chibres et des Lettres, is invited today on Peur Bleue. He has decided to tackle a curious subject : the Tolkien Music. In despite of the inaccurate image that we could have about this kind of music, this is actually something utterly more eclectic. Have a good trip :

"Tolkien a écrit des milliers de pages, inspirant par la suite des centaines de groupes. J'en veux pour preuve le site The Tolkien Music List qui indexe de manière systématique groupes et morceaux tolkienites : sa base de données dépasse aujourd'hui le millier de références. C'est dire l'étendue du truc. En bon fan du genre, je m'en vais vous faire découvrir deux ou trois perles, puisées pour l'essentiel dans les répertoires folk, black metal, dark ambient et prog rock.

Bo Hansson : Organiste suédois, essentiellement actif durant le 70's. En 1972, il livre son interprétation musicale de The Lord of the Rings. Le résultat : de l'excellent prog rock, tendance douce, sans technicité ni pyschédélisme outranciers. L'art work me fait rêver.

Bo Hansson - Leaving The Shire (Album "In De Ban Van De Ring", 1972)
Bo Hansson - At The House Of Elrond & The Ring Goes South (Album "In De Ban Van De Ring", 1972)

Harmonia : Groupe de Krautrock superbe et éphémère, au line up hallucinant : 2 Cluster (Hans-joachim Roedelius et Dieter Möbius), 1 Neu! ex-Kraftwerk (Michael Rother) et 1 Guru Guru en "special guest" (Mani Neumeier). Leur disque Deluxe n'est pas une oeuvre tolkienite mais parmi les morceaux qui le composent figure le délicieusement synthétique Gollum.
Harmonia - Gollum (Album "Deluxe", 1975)

Mirkwood : Un side project ambient de Summoning. Là, on plonge bien profond dans la geekerie, genre musique synthétique et spoken word tolkienite. C'est hyper épique, on s'imagine bien parcourir le Rohan à cheval avec ça dans les oreilles – passez moi l'anachronisme.
Mirkwood - Arcenstone (Album "Lost Tales", 2003)
Mirkwood - Saruman (Album "Lost Tales", 2003)

Uruk-Hai : Un Autrichien dingue, obsédé par Tolkien. Il a sorti des tonnes de disques/cassettes d'ambient tolkienite, distribués à moins de 500 exemplaires, dealés dans des boutiques infernales.
Uruk-Hai - Die Legende (Kapitel 1-6) (Album "Lost Songs From Middle Earth", 2008)
Uruk-Hai - Nazgul (Album "Lost Songs From Middle Earth", 2008)
Uruk-Hai - Moria (Album "In Durin Halls", 2004)

The Tolkien Ensemble : Une formation néo-classique danoise. Leur délire : créer « la première interprétation musicale complète des poèmes et chants du Seigneur des anneaux ». Ambitieux. Les types se sont quand même dégoté un featuring super classe : Christopher Lee, rien que ça.

The Tolkien Ensemble - Verse Of The Rings (Album "At Dawn In Rivendel", 2002)
The Tolkien Ensemble - Galadriel's Song of Eldamar (Album "At Dawn In Rivendel", 2002)
The Tolkien Ensemble - The Ent and the Ent Wife

Camel : Un groupe de prog rock anglais à géométrie variable, particulièrement actif durant la décennie 70's. En bons chevelus croqueurs de buvards, les bonshommes aiment à pique-niquer le dimanche dans le Lothlorien et passer l'après-midi à faire des ricochets sur la Nimrodel.
Camel - Nimrodel / The Procession / The White Rider (Album "Mirage", 1974)

Summoning : Black métal autrichien. Leur discographie est toute entière dédiée à Tolkien. Les morceaux sont extraits de Lugburz – la Tour Noire de Sauron, en Noir parlé. Ici, nous sommes du côté des méchants qui hurlent comme des dingues, ambiance orques bien agressifs. Notez le break planant au milieu de Moondance, le contraste est jouissif.
Summoning - Beyond Bloodred Horizons (Album "Lugburz", 1995)
Summoning - Moondance (Album "Lugburz", 1995)"

lundi 29 mars 2010

Photo : Jonathan Smith

Suite à mon article sur la solitude urbaine du vendredi 5 mars, j'ai reçu dans les jours qui ont suivi un message très intéressant d'une amie qui me donnait sa propre approche de ce thème. Comme Peur Bleue est un blog d'impressions subjectives, je lui ai (très naturellement) proposé de publier sa réponse, et je l'en remercie pour son accord :

After my post about urban loneliness, I received a very interesting mail from a friend who given me her own approach about this issue. As Peur Bleue is a blog devoted to subjective feelings, I naturally proposed her to publish this contribution :

"L'isolement est l'état d'une personne qui cesse d'être reliée à ses semblables, ou qui a le sentiment de ne pas l'être. L'isolement dans l'espace urbain donnerait alors au protagoniste la sensation de se retrouver seul au milieu d'une masse, elle même composée de personnes seules. A la différence de la solitude, qui serait une part de notre être, inexplicable mais inhérente à notre condition, l'isolement serait subi et nous apparaitrait alors comme une souffrance muette, partagée mais tue de tous. Garde le toi, ton mal-être, je porte déjà le mien.

- Billie Holiday - Solitude (Album "Solitude", 1957)
- The Velvet Underground - Lonesome Cowboy Bill (Album "Loaded", 1971)
- Gabriel Fauré - Élégie, op. 24

Là est toute la spécificité du rapport individu / espace urbain : on peut aujourd'hui marcher parmi la foule sans croiser un regard. Pour autant, la promiscuité entre les gens n'a jamais été si forte, si dense. De mon ressenti, la présence collective aurait envahit l'espace intérieur de l'individu, son territoire serait de plus en plus restreint, dans les lieux publics ou ailleurs. Il m'apparaît comme cerné par les autres, et submergé par les images et les sons, qui avortent toute imagination, toute interprétation des codes de la ville.

- Mulatu Astatke - Mètché Dershé (Compilation "Ethiopian Modern Instrumentals Hits", 2003)
- Black Ox Orkestar - Violin Duet (Album "Nisht Azoy", 2006)

Comme dans Alphaville, Godard constate que "Pour vivre dans la société parisienne d'aujourd'hui (1967) on est forcé, à quelque niveau que ce soit, de se prostituer d'une manière ou d'une autre, ou encore de vivre selon les lois qui rappellent la prostitution". La ville louerait alors un droit de disposer des faits et gestes d'un individu en son sein ? Là serait alors le lien social ? Isolé, être seul, être itinérant, errer, comme fuir en avant, en quête de soi et de l'autre. Ces thèmes sont chers bien évidemment à Godard, mais aussi à des réalisateurs comme Herzog, Wenders et surtout Jim Jarmush. Parce qu'autant l'espace urbain nous paraît loin et peut être à l'origine de notre isolement, quand les protagonistes n'ont rien, pas de pair, pas de semblable, il leur reste la ville. S'installerait alors comme une valse entre l'isolement profond, la quête d'un bonheur illusoire et le lieu. Le nouveau lieu, puis celui d'après, et tous les lieux que le vagabond traverse. Il erre, en quête de lien social, puis se retrouve exactement dans la même situation, mais simplement ailleurs.

- Screamin' Jay Hawkins - I Put A Spell On You (Album "I Put A Spell On You", 1969)
- Curtis Mayfield - Underground (Album "Roots", 1976)"

E.G.

dimanche 14 mars 2010

Photo : Craig Mammano

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PORTRAIT INTÉRIEUR

Ce ne sont pas des souvenirs
qui, en moi, t'entretiennent ;
tu n'es pas non plus mienne
par la force d'un beau désir.

Ce qui te rend présente,
c'est le détour ardent
qu'une tendresse lente
décrit dans mon propre sang.

Je suis sans besoin
de te voir apparaître :
il m'a suffi de naître
pour te perdre un peu moins.

Rainer Maria Rilke (dans "Vergers", 1924-1925)

Une musique dépouillée d'artifice pour célébrer l'amour, ennemi juré du temps. L'espace de quelques minutes, tentons ainsi de dévoiler nos émotions, ces petites choses si souvent drapées dans la pudeur... I Would Die 4 You !

One music stripped of artifice to celebrate love, sworn enemy of the time. During few minutes, let's try to expose our emotions, those little things so often draped in bashfulness... I Would Die 4 You !


vendredi 5 mars 2010

Photo : Santiago Mostyn

Urban Loneliness 

On ne se sent jamais aussi seul que dans la foule. C'est la raison pour laquelle j'ai toujours été fasciné par le rapport ville/individu, et notamment à ce sentiment curieux d'isolement dans un espace aussi concentré. Ces villes qui tendent autant à être le fruit du rationalisme fonctionnel humain, traduisent quelque chose de plus intime en réalité : le besoin de confinement. On se serre les uns contre les autres, même si c'est pour y sacrifier des bouts de ciels, vaut mieux être ensemble dans les ténèbres que seul dans la lumière, pensera-t-on.

One never feels as lonely as in the crowd. That's why I've always been fascinated by the individual/city relation, and especially by this strange feeling of isolation in such a concentrated space. Those cities, so commonly portrayed as the result of the human functionalist rationalism, would rather be the outcome of a greater purpose, more intimate : the need for confinement. We all huddle together, no matter the sacrifice of a piece of sky, better bound together in darkness than lonely in the light.



Thomas de Quincey, illustre vagabond solitaire et fauché, décrit assez bien ce sentiment dans cette cité froide qu'il parcourait : "it cannot be denied that the outside air and framework of London society is harsh, cruel, and repulsive" (in Confessions of an English Opium-Eater, p. 25). Sans aller jusqu'à acclamer l'agoraphobie, soulignons néanmoins le charme de cette solitude si moderne, si paradoxale.

Illustrious vagrant Thomas de Quincey, solitary and pennyless, described pretty well the bleak city he went all over : "it cannot be denied that the outside air and framework of London society is harsh, cruel, and repulsive" (in Confessions of an English Opium-Eater, p. 25). Even though we do not cheer agoraphobia, let's nevertheless emphasize that this loneliness, so modern and so paradoxical, has its charm.

Giuseppe Verdi - Nabucco : Recitativo e Preghiera: Veni, o Levita! Il santo codice reca! (interprété par le Philharmonia Orchestra & Ambrosian Opera Chorus)(Album "Nabucco", 1978)

Merci à Khaled pour la correction de ma très piètre traduction.