lundi 29 mars 2010

Photo : Jonathan Smith

Suite à mon article sur la solitude urbaine du vendredi 5 mars, j'ai reçu dans les jours qui ont suivi un message très intéressant d'une amie qui me donnait sa propre approche de ce thème. Comme Peur Bleue est un blog d'impressions subjectives, je lui ai (très naturellement) proposé de publier sa réponse, et je l'en remercie pour son accord :

After my post about urban loneliness, I received a very interesting mail from a friend who given me her own approach about this issue. As Peur Bleue is a blog devoted to subjective feelings, I naturally proposed her to publish this contribution :

"L'isolement est l'état d'une personne qui cesse d'être reliée à ses semblables, ou qui a le sentiment de ne pas l'être. L'isolement dans l'espace urbain donnerait alors au protagoniste la sensation de se retrouver seul au milieu d'une masse, elle même composée de personnes seules. A la différence de la solitude, qui serait une part de notre être, inexplicable mais inhérente à notre condition, l'isolement serait subi et nous apparaitrait alors comme une souffrance muette, partagée mais tue de tous. Garde le toi, ton mal-être, je porte déjà le mien.

- Billie Holiday - Solitude (Album "Solitude", 1957)
- The Velvet Underground - Lonesome Cowboy Bill (Album "Loaded", 1971)
- Gabriel Fauré - Élégie, op. 24

Là est toute la spécificité du rapport individu / espace urbain : on peut aujourd'hui marcher parmi la foule sans croiser un regard. Pour autant, la promiscuité entre les gens n'a jamais été si forte, si dense. De mon ressenti, la présence collective aurait envahit l'espace intérieur de l'individu, son territoire serait de plus en plus restreint, dans les lieux publics ou ailleurs. Il m'apparaît comme cerné par les autres, et submergé par les images et les sons, qui avortent toute imagination, toute interprétation des codes de la ville.

- Mulatu Astatke - Mètché Dershé (Compilation "Ethiopian Modern Instrumentals Hits", 2003)
- Black Ox Orkestar - Violin Duet (Album "Nisht Azoy", 2006)

Comme dans Alphaville, Godard constate que "Pour vivre dans la société parisienne d'aujourd'hui (1967) on est forcé, à quelque niveau que ce soit, de se prostituer d'une manière ou d'une autre, ou encore de vivre selon les lois qui rappellent la prostitution". La ville louerait alors un droit de disposer des faits et gestes d'un individu en son sein ? Là serait alors le lien social ? Isolé, être seul, être itinérant, errer, comme fuir en avant, en quête de soi et de l'autre. Ces thèmes sont chers bien évidemment à Godard, mais aussi à des réalisateurs comme Herzog, Wenders et surtout Jim Jarmush. Parce qu'autant l'espace urbain nous paraît loin et peut être à l'origine de notre isolement, quand les protagonistes n'ont rien, pas de pair, pas de semblable, il leur reste la ville. S'installerait alors comme une valse entre l'isolement profond, la quête d'un bonheur illusoire et le lieu. Le nouveau lieu, puis celui d'après, et tous les lieux que le vagabond traverse. Il erre, en quête de lien social, puis se retrouve exactement dans la même situation, mais simplement ailleurs.

- Screamin' Jay Hawkins - I Put A Spell On You (Album "I Put A Spell On You", 1969)
- Curtis Mayfield - Underground (Album "Roots", 1976)"

E.G.

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